Pourquoi porte-t-on encore les Palmes académiques ?

Chaque année, deux dates précises rythment discrètement la vie de plusieurs milliers de personnes en France : le 1er janvier et le 14 juillet.

Ce jour-là, au milieu des vœux ou des feux d’artifice, un décret paraît au Journal officiel et distingue des enseignants, mais aussi des bénévoles associatifs, des chercheurs ou des responsables culturels qui ont marqué le monde de l’éducation. Cette distinction, l’ordre des Palmes académiques, reste pourtant l’une des moins commentées du système honorifique français. Beaucoup la portent sans jamais raconter d’où elle vient, ni comment on l’obtient vraiment.

Retour sur une décoration deux fois centenaire, curieusement discrète pour son âge.

D’où vient cette broderie que portaient les professeurs ?

L’histoire commence le 19 mars 1808, sous Napoléon Ier, avec la création de l’Université impériale. À l’origine, il ne s’agit pas d’une médaille au sens où on l’entend aujourd’hui, mais d’une broderie cousue directement sur la robe universitaire : une double palme, associant une palme et un rameau d’olivier, en soie bleue et blanche pour les officiers d’académie, en argent pour les officiers d’université, en or pour les titulaires du grade le plus élevé. Le vêtement, à lui seul, racontait déjà la carrière de celui qui le portait.

Ceux qui souhaitent observer à quoi ressemble aujourd’hui l’héritière moderne de cette broderie, l’insigne violet remis lors des nominations, peuvent consulter une présentation des Palmes académiques pour le monde de l’éducation, où figurent les trois grades actuels et leurs déclinaisons en métal argenté ou doré.

Comment une broderie universitaire est-elle devenue un ordre à trois grades ?

Il faut attendre un décret du 9 décembre 1850 pour que la distinction se détache du grade universitaire proprement dit. Le titre d’officier de l’université devient officier de l’instruction publique et l’attribution s’étend aux instituteurs de l’enseignement élémentaire puis, avec la loi Falloux, à l’enseignement privé.

Des trois grades d’origine, il n’en reste alors plus que deux.

Il faudra attendre plus d’un siècle et un décret du 4 octobre 1955 signé par le président René Coty, pour voir naître l’ordre des Palmes académiques sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui : chevalier, officier, commandeur.

Le code de l’éducation encadre depuis ces trois grades dans ses articles D911-63 à D911-81, régulièrement mis à jour, la dernière révision d’ampleur datant d’un décret de 2015.

Qui peut aujourd’hui recevoir les Palmes académiques, au juste ?

Contrairement à une idée répandue, la distinction ne récompense pas uniquement les enseignants.

Le code de l’éducation ouvre le grade de chevalier à toute personne justifiant d’au moins dix ans de services ou d’activités assorties de mérites distingués au titre de l’une des missions du ministère chargé de l’éducation, de l’enseignement supérieur ou de la recherche. Cela inclut des personnels administratifs, des bénévoles d’associations éducatives, des chercheurs, des écrivains ou des responsables engagés dans la transmission du savoir, en France comme à l’étranger : les Palmes académiques peuvent être décernées à des ressortissants étrangers, sans condition de nationalité.

La progression entre grades suit ensuite un rythme précis : cinq ans au moins comme chevalier avant de prétendre au grade d’officier, puis trois ans supplémentaires comme officier avant d’espérer le grade de commandeur, sur proposition de mérites renouvelés. Un délai de deux ans doit par ailleurs être respecté avec une nomination dans la Légion d’honneur ou l’ordre national du Mérite.

Pourquoi la nomination ressemble davantage à un rite de passage qu’à un concours ?

Point notable du dispositif : personne ne peut demander les Palmes académiques pour soi-même. La proposition doit venir d’un tiers, le plus souvent un supérieur hiérarchique, un chef d’établissement, un recteur d’académie ou un ministre. Le dossier constitué passe ensuite devant une commission de l’ordre, qui instruit chaque candidature avant de la retenir ou non.

Une fois validées, les nominations et promotions sont fixées par décret du ministre chargé de l’éducation et publiées au Bulletin officiel des décorations, médailles et récompenses, à l’occasion des deux promotions annuelles du 1er janvier et du 14 juillet. Ce mécanisme, où la reconnaissance ne peut venir que d’autrui et jamais d’une candidature spontanée, rapproche la distinction d’un rite de passage au sens propre : on y entre parce que d’autres l’ont décidé pour vous, pas parce qu’on l’a réclamé.

Que se passe-t-il le jour de la remise de l’insigne ?

La cérémonie elle-même n’a rien d’obligatoire dans un cadre unique. Elle est le plus souvent organisée par l’académie, le rectorat ou l’établissement d’origine du récipiendaire, dans un cadre qui peut être aussi solennel qu’une mairie ou aussi convivial qu’une salle des fêtes d’établissement scolaire. Un discours retrace généralement la carrière et les engagements du décoré, avant que l’insigne violet ne soit épinglé sur la poitrine, souvent suivi d’un verre partagé entre collègues.

Deux siècles après sa première broderie sur une robe universitaire, la distinction continue ainsi de fonctionner sur le même principe : reconnaître, par la voix d’un tiers et selon un calendrier immuable, ceux qui ont donné du temps à la transmission du savoir, bien au-delà des seules salles de classe.