L'IA ne fait pas mon métier, elle me rend mon temps

Comment l’IA est-elle entrée dans votre entreprise ?

« Par fatigue, honnêtement. Je passais mes soirées sur l’administratif : devis, mails, comptes-rendus, relances. Un jour, un confrère plombier m’a montré comment il rédigeait ses courriers avec ChatGPT. J’ai essayé sur un mail un peu tendu avec un fournisseur. Ça m’a pris deux minutes au lieu de vingt. C’est là que j’ai commencé à regarder ce que je pouvais déléguer d’autre. »

Concrètement, qu’est-ce qui a changé dans vos journées ?

« Presque tout ce qui n’est pas du terrain. Je dicte mes comptes-rendus de chantier depuis la voiture, l’outil les remet au propre. Les relances clients partent toutes seules. Quand je reçois un document technique de quarante pages, je demande d’abord un résumé avant de m’y plonger.

Avant, l’administratif me prenait une douzaine d’heures par semaine. Aujourd’hui, on est autour de quatre. Ce temps-là, je le passe sur les chantiers et avec mes clients. C’est là que je gagne de l’argent. »

Les appels d’offres, c’était le plus gros morceau ?

« Clairement. Un dossier de consultation, c’est des dizaines de pages de règlement, de CCTP, de pièces à fournir. Il me fallait trois jours pleins pour sortir un mémoire technique correct. Résultat : je ne répondais qu’à cinq ou six appels d’offres par an, alors que j’en voyais passer beaucoup plus.

Aujourd’hui j’utilise Envoo pour ça. L’outil me résume le dossier, me dit si ça vaut le coup d’y aller et prépare une première version de la réponse et du chiffrage. Moi, je relis, j’ajuste avec ce que je connais du chantier et de mes équipes et je valide. On est passé de trois jours à une demi-journée par dossier et on répond maintenant à trois ou quatre consultations par mois. »

Vous n’avez pas peur que l’IA vous retire une part du métier ?

« Non, parce que ce que mes clients achètent, c’est notre savoir-faire. L’IA ne sait pas comment on pose, quelles contraintes on a sur tel site, ce que vaut tel sous-traitant. Elle fait le premier jet, elle trie, elle reformule. La décision reste à moi.

Ce qui disparaît, ce sont les tâches que personne n’aimait faire. Et franchement, je ne connais pas un patron de PME qui regrette de remplir des formulaires à 23 heures. »

Quelles sont les limites, selon vous ?

« Il faut relire, toujours. L’IA peut se tromper sur un chiffre ou mal interpréter une clause. Je ne laisse jamais partir un document engageant sans l’avoir vérifié. Il faut aussi faire attention à ce qu’on lui donne : on ne colle pas n’importe quelle donnée client dans n’importe quel outil.

Et il y a un temps d’apprentissage. Les premières semaines, on perd presque du temps à comprendre comment bien lui parler. Après, ça devient un réflexe. »

Et vos équipes, comment l’ont-elles vécu ?

« Il y a eu de la méfiance au début, surtout chez les plus anciens. Puis mon conducteur de travaux s’y est mis pour préparer ses plannings et ses comptes-rendus et les autres ont suivi. Personne n’a été remplacé : on fait simplement plus de choses avec la même équipe. »

Quel conseil donneriez-vous à un dirigeant qui hésite ?

« Commencer petit. Prendre la tâche qui vous pèse le plus, celle que vous repoussez chaque semaine et tester l’IA dessus pendant un mois. Si ça ne vous fait rien gagner, vous aurez perdu peu. Mais je serais étonné.

Le vrai risque, aujourd’hui, ce n’est pas d’utiliser l’IA. C’est de laisser ses concurrents le faire seuls. »